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Banque de lait maternel au Québec : c’est pour quand ?

(Getty Images)Alors qu’une banque de lait maternel vient d’ouvrir ses portes à Calgary, le projet ne semble pas prêt de voir le jour au Québec : le ministère de la Santé se limite à dire que « les travaux se poursuivent » alors qu’Héma-Québec, l’organisme qui serait chargé de la gestion de la banque de lait, a déposé son étude de faisabilité il y a plus d’un an.

« On est dans le néant, dit Valérie Legault, agente d’information chez Héma-Québec. Nous attendons des nouvelles du ministère de la Santé. Nous avons fait nos recommandations. C’est beaucoup plus long que ce à quoi nous nous attendions. » Mme Legault n’est pas la seule à avoir hâte de connaître la décision du ministère de la Santé. Carole Dobrich, infirmière et consultante en lactation reconnue dans le milieu de l’allaitement au Québec, se demande ce qui se passe. « Pourquoi ça prend autant de temps ? se demande-t-elle. J’ai l’impression que le dossier dort sur le bureau de quelqu’un… » Marie-José Legault, médecin-conseil à la Direction de Santé publique de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, se pose aussi des questions. « J’attends impatiemment la suite, comme beaucoup de parents d’ailleurs », laisse-t-elle tomber.

Le 1er novembre 2010, la Société canadienne de pédiatrie (SCP) a publié un énoncé de principe préconisant l’instauration d’un réseau canadien de distribution de lait maternel. Dans ce document, l’association médicale démontre que le lait maternel, même pasteurisé, est le meilleur choix pour les bébés nés prématurément ou les nouveau-nés malades lorsque la mère est incapable d’allaiter ou de fournir son lait. La docteure Valérie Marchand, membre du comité de nutrition et de gastroentérologie de la SCP, avait alors déclaré qu’il était essentiel de dire aux parents que « le lait de donneuses est une possibilité recommandée au lieu des préparations lactées pour les nouveau-nés malades hospitalisés ».

Mandaté par le ministère de la Santé, Héma-Québec a piloté une étude de faisabilité entourant l’ouverture d’une telle banque de lait au Québec. L’étude a été réalisée par une firme externe, BioMedCom, et a coûté 66 000$ à la Fondation d’Héma-Québec. Elle a été déposée le 28 mars 2011 (mais n’a pas été rendue publique). En gros, l’étude démontre qu’Héma-Québec est en mesure de gérer de façon sécuritaire une banque de lait maternel au Québec – et que son ouverture, le plus rapidement possible, est souhaitable. « Il a été démontré que le ratio coûts/bénéfices est avantageux, dit Mme Dobrich, qui suit le dossier avec intérêt. Ouvrir une banque de lait ne coûte pas très cher et les économies qu’on ferait, en soulageant le système de santé, sont importantes ». Sans compter le nombre de vie de grands prématurés (nés entre 24 et 28 semaines de grossesse) et de prématurés (avant 37 semaines) que l’on pourrait sauver…

En effet, les bénéfices du lait maternel sont prouvés scientifiquement pour ces bébés qui naissent avec un très petit poids. « C’est une clientèle vulnérable, explique Dr Legault. Certains naissent avec des pathologies digestives importantes. Les prématurés souffrent parfois de l’entérocolite nécrosante, qui est possiblement mortelle ». Or, la maman qui vient d’accoucher prématurément, stressée et épuisée par les événements, se retrouve parfois dans l’incapacité d’allaiter. « Ça prend du temps pour que la montée de lait s'établisse, rappelle Mme Dobrich. On soutiendrait beaucoup mieux la mère en ayant la possibilité d’offrir à son enfant du lait maternel pasteurisé de donneuses, en plus d’aider le petit bébé à mieux développer son système immunitaire et le développement de son cerveau. »

Déjà, en mars 2011, Nathalie Lévesque, porte-parole du ministère de la Santé, reconnaissait l’importance d’implanter une banque de lait maternel au Québec. « Le projet fait déjà partie de la politique de périnatalité », déclarait-elle au quotidien Le Devoir, le 29 mars 2011.

Donc, pourquoi mettre autant de temps à aller de l’avant avec le projet ? Au ministère de la Santé, on reste vague quant aux délais. « Nous cherchons la meilleure avenue possible du point de vue financier, légal et organisationnel pour offrir un produit sécuritaire », affirme Nathalie Lévesque. Cette avenue n’est-elle pas celle précisément proposée par Héma-Québec ? « Le processus est enclenché, les travaux se poursuivent », dit-elle simplement, tout en refusant d’arrêter une date de prise de décision.

Au Québec, en 2008, 6 000 enfants naissaient prématurément, soit une proportion de 7,7% des bébés, selon l’Institut national de santé publique du Québec. De ce nombre, entre 45 et 70 bébés seraient atteints d’entérocolite nécrosante – une vingtaine de cas pourraient être prévenus s’ils étaient nourris au lait maternel, selon le Dr Marc Germain, vice-président aux affaires médicales d'Héma-Québec, cité dans La Presse le 28 mars 2011.

Au Canada, Vancouver et Calgary ont déjà leur banque de lait maternel. Une autre devrait ouvrir sous peu à Toronto alors que le projet est à l’étude en Nouvelle-Écosse.