Actif, turbulent... ou hyperactif?

Le trouble déficitaire de l'attention a tellement été médiatisé qu'on a l'impression que tous les enfants un peu dérangeants en sont atteints. Avec le retour à l'école, on fait le point sur la question, pour éviter les diagnostics hâtifs.

(Getty Images)Attention, disent les experts, bien que le trouble déficitaire de l’attention, avec ou sans hyperactivité (TDA/H), soit le trouble de comportement le plus diagnostiqué au cours de l’enfance, il est souvent difficile, à l’âge préscolaire, de différencier les enfants atteints d’un TDA/H de ceux qui sont simplement actifs, exubérants ou hyperémotifs.

Le Dr Philippe Lageix, psychiatre pour enfants, adolescents et adultes à l’Institut Douglas et à l’Hôpital Rivière-des-Prairies de Montréal, rappelle que les symptômes associés au TDA/H peuvent parfois être confondus avec ceux de l’anxiété, de la dépression ou encore être reliés à un trouble d’apprentissage; d’où l’importance de procéder de façon très méthodique au moment d’évaluer l’enfant.


Au Canada, on estime qu’environ 8 % des enfants âgés de 6 à 18 ans sont susceptibles de recevoir un diagnostic de TDA/H. Ces chiffres sont toutefois mis en doute par certains scientifiques. «Les chercheurs néerlandais affirment que si on effectue une évaluation plus rigoureuse, on tombe à seulement 1 % de gens ayant un TDA/H», souligne Joël Monzée, docteur en neurosciences et chercheur associé aux programmes de bioéthique de l’Université de Montréal. Ce chiffre correspond au nombre de cas de TDA/H diagnostiqué chez les 6 à 17 ans, en France.

QUE FAIRE EN CAS DE DOUTE

Si on soupçonne la présence de ce trouble chez un enfant, on suggérera aux parents de d’abord remplir un questionnaire d’évaluation en collaboration avec son enseignante ou son éducatrice, afin d’aider le médecin traitant à poser un diagnostic. Celui-ci demandera ensuite l’avis de différents spécialistes (orthophoniste, psychiatre ou pédopsychiatre, neuropédiatre, psychologue, orthopédagogue, etc.).
En principe, c’est seulement après avoir envisagé tous les autres diagnostics possibles que le médecin traitant sera en mesure de déterminer si l’enfant est atteint ou non d’un TDA/H. Si c’est le cas, il pourra recommander aux parents le traitement approprié à l’enfant.

LES TRAITEMENTS MÉDICAUX

Malgré la controverse entourant l’usage croissant de psychostimulants au Canada et aux États-Unis, la médication est encore considérée par les milieux médicaux comme le traitement le plus efficace pour atténuer les symptômes du TDA/H.

«Si je me fie à mon expérience, la prescription de psychostimulants est inévitable dans la plupart des cas. Pour les enfants qui présentent des troubles de comportement, la psychothérapie corporelle intégrée (PCI) peut s’avérer utile, mais la médication demeure l’élément central du traitement, soutient le Dr Lageix. Il souligne toutefois qu’il ne forcera jamais un parent à donner du Ritalin, du Concerta ou d’autres psychostimulants à son enfant s’il n’est pas d’accord. «Il n’y a rien de pire que des parents qui donnent des médicaments à reculons, dit-il. Ils doivent réaliser par eux-mêmes que le médicament sert d’abord à aider leur  enfant.»

LES SOLUTIONS DE RECHANGE AUX MÉDICAMENTS

M. Monzée, Ph. D. en neurosciences, ne soutient pas totalement cette opinion. S’il est d’accord pour dire que les psychostimulants sont nécessaires pour les enfants qui présentent un véritable trouble neurologique et même pour certains d’entre eux issus de milieux difficiles (violence, alcoolisme ou parents en détresse psychologique), il croit que, dans bien des cas, la prescription d’un traitement alternatif pourrait éviter le recours systématique à des médicaments dont on ne connaît pas encore les effets à longue échéance. «Aucune étude sérieuse n’a encore été réalisée pour mesurer les effets à long terme de la consommation de psychostimulants en bas âge sur l’organisation du cerveau», s’inquiète-t-il. Or, depuis 2001, les prescriptions de psychostimulants sont en constante progression en Amérique du Nord.

Au Québec seulement, le nombre d’ordonnances est passé de 314 747 en 2001 à 594 243 en 2005, selon IMS Health Canada. Sachant que ces documents sont renouvelables chaque mois, on peut envisager que près de 50 000 enfants québécois ont été médicamentés pour un TDH/A en 2005. En France, seulement 6000 des 200 000 enfants diagnostiqués TDA/H prenaient des médicaments, en 2004. La psychothérapie corporelle intégrée (PCI), une approche thérapeutique qui permet aux enfants de reprendre contact avec leur corps au moyen de mouvements et d’exercices de respiration, est utilisée comme alternative aux psychostimulants et donnerait jusqu’ici d’excellents résultats.

À l’Hôpital Rivière-des-Prairies de Montréal, la psychologue-chercheuse Marie-Claude Guay et son équipe utilisent un programme de remédiation cognitive (exercices sur ordinateur qui sollicitent les fonctions cognitives) pour traiter des enfants présentant un trouble de déficit de l’attention.
Jusqu’à maintenant, ce programme donne des résultants positifs, et les acquis se maintiennent jusqu’à un an après la fin de l’intervention.

D’OÙ VIENT LE TDA/H?

Des techniques d’imagerie cérébrale ainsi que les études sur les jumeaux monozygotes et les fratries atteints de TDA/H ont révélé que cette dysfonction est associée à des facteurs neurologiques et génétiques dans 90 % des cas. On a aussi démontré que les facteurs environnementaux ne causent pas le TDA/H, mais peuvent avoir une influence aggravante sur cette prédisposition génétique. M. Monzée suggère que les comportements dérangeants pourraient aussi être dus à la difficulté qu’éprouvent certains enfants à gérer les émotions provoquées par le stress qu’ils vivent.

VERS UN DIAGNOSTIC PLUS PRÉCIS

Des recherches récentes (Barkley & Lanser, 2001) laissent espérer qu’on aura bientôt un test médical permettant de diagnostiquer de façon précise le TDA/H. En comparaison avec des personnes qui ne sont pas atteintes, celles souffrant du TDA/H ont un surplus d’une protéine qui transporte la dopamine.
Le test utiliserait un agent radioactif qui se lierait aux protéines transportant la dopamine pour les rendre visibles en imagerie médicale.

LES ADULTES AUSSI

Certains adultes, soit 4,5 % de la population, vivraient avec un problème de déficit d’attention depuis l’enfance, selon le Dr Lageix. Chez l’adulte, la composante hyperactivité est rarement présente. Le trouble se manifeste par des problèmes d’inattention chroniques, de l’impulsivité, une organisation déficiente qui nuit à son entourage, des conflits fréquents au travail, une grande instabilité émotionnelle, de la difficulté à terminer des tâches d’envergure, etc.

LES SYMPTÔMES

Le trouble déficitaire de l’attention
Voici les symptômes d’un enfant atteint d’un TDA:
_ L’enfant accorde peu d’attention aux détails.
_ Il fait des erreurs par négligence.
_ Il est incapable d’être attentif pendant une longue période.
_ Il ne semble pas écouter lorsqu’on s’adresse à lui.
_ Il ne suit pas les directives et n’achève pas les tâches entreprises.
_ Il organise difficilement son travail.
_ Il évite les activités qui requièrent un effort mental prolongé.
_ Il perd souvent des objets.
_ Il est facilement distrait de son travail par des stimulis extérieurs.

L’hyperactivité-impulsivité

S’ajoute une composante d’hyperactivité-impulsivité dans les cas suivants:
_ L’enfant tripote et agite les mains et les pieds ou se tortille sur son siège sans arrêt; il ne peut rester assis quand on le lui demande.
_ Il court et grimpe partout de manière excessive.
_ Il a de la difficulté à jouer calmement.
_ Il parle beaucoup trop et interrompt fréquemment les autres.
_ L’enfant impulsif agit avant de réfléchir.

Pour être diagnostiqués comme tels, les déficits comportementaux et cognitifs doivent apparaître avant l’âge de sept ans, durer depuis plus de six mois et occasionner des difficultés d’adaptation dans deux environnements (à la maison, à la garderie, à l’école ou dans les activités sociales).

Dans tous ces cas, les symptômes entraînent des conduites inadaptées, peu en rapport avec ce qu’on s’attend d’enfants du même âge.