Êtes-vous des parents trop cool?

Certains parents n’hésitent pas à fumer un joint avec leur fils de 15 ans à l’occasion. D’autres ne se formalisent pas du nombre de garçons que leur fille de 16 ans a invités à dormir au cours de la dernière année. Et vous, êtes-vous des parents très cool, plutôt cool... ou pas cool du tout?

Un ado qu’on traiterait comme une copine ou un «petit mari» se sentira tout permis. (Getty Images)Puisque la signification du mot «cool» diffère selon les personnes, il importe, dans un premier temps, de bien le définir: «Si être cool signifie être ouvert d’esprit, alors je suis une mère tout à fait cool. Mais si être un parent cool veut dire le laisser-aller ou encore tout permettre, alors là, je ne suis pas cool du tout», admet Marie-Paule Lévesque, mère de deux adolescents et directrice adjointe dans une école secondaire de Montréal. «J’ai d’ailleurs posé la question à mes enfants avant de faire cette entrevue, et ma fille, qui commence sa troisième année du secondaire, a précisé que si être cool veut dire qu’on peut parler de sexe ou de drogue ouvertement à la maison, ce terme nous collait à la peau, à mon mari et moi. Notre moment de prédilection pour discuter en famille est l’heure du souper. Entre nous, tous les sujets sont permis. Toutefois, il n’est pas question de leur “donner accès” à la drogue ou à l’alcool pour être plus cool à leurs yeux», poursuit-elle.

Encadrer raisonnablement les ados


Les enfants ont besoin d’encadrement et de règles, et ce, jusqu’à ce qu’ils soient assez grands pour voler de leurs propres ailes (avoir un emploi, un appartement, etc.). C’est donc le devoir des parents de tenter de les maintenir sur la bonne voie. Et même si un enfant rencontre des difficultés depuis son tout jeune âge, il ne faut pas croire qu’une fois au secondaire il est assez vieux pour assumer ses choix: «Les élèves du premier cycle du secondaire sont encore des enfants à mes yeux. Si certains parents sont tannés d’aider leurs jeunes, ils doivent persévérer, même si ce n’est pas toujours facile», insiste la directrice adjointe, qui voit trop d’élèves abandonnés à leur sort qui font ainsi de très mauvais choix par manque d’encadrement.

«Si certains parents sont tannés d’aider leurs jeunes, ils doivent persévérer, même si ce n’est pas toujours facile.»add citation


Être le parent, pas le meilleur ami


Selon l’auteur du Guide de l’ado à l’usage des parents (Le livre de poche), le pédopsychiatre Stéphane Clerge, il faut absolument éviter les relations trop fusionnelles afin de préserver son autorité. En effet, selon lui, un ado qu’on traiterait comme une copine ou un «petit mari» se sentira tout permis. Marie-Paule Lévesque en témoigne: «J’ai récemment eu beaucoup de difficultés avec un élève de 13 ans, que la mère considérait comme son coloc. Il consommait et revendait de la drogue à l’école. Dans sa tête, il avait 20 ans et agissait comme s’il avait tous les droits.»

«... attention à ne pas trop serrer la vis: les jeunes trop encadrés deviennent bien souvent hypocrites. Ils font leurs coups en cachette et ils parlent peu, par peur des conséquences.»add citation


Éviter un encadrement trop sévère

«Dans le cadre de mes fonctions, j’entends souvent des parents que je rencontre à la suite d’un problème avec leur ado, lui dire: “Si tu continues, c’est terminé les jeux vidéo”, ou encore: “C’est fini, les sorties, pour cette année...” Moi, je dis attention à ne pas trop serrer la vis: les jeunes trop encadrés deviennent bien souvent hypocrites. Ils font leurs coups en cachette et ils parlent peu, par peur des conséquences. Cette attitude fermée peut engendrer des problèmes à long terme», constate la directrice adjointe.

Parent cool: l’avis d’une psy


La psychologue Édith St-Jean croit, elle aussi, que les parents doivent s’adapter à leurs enfants en ce qui concerne leurs intérêts. «Par exemple, dans ma pratique, j’ai souvent entendu des parents critiquer le nombre de textos que leurs enfants envoient dans une journée. Or, il faut être conscient que texter est leur façon de communiquer, tout comme le téléphone l’est pour nous. Et en ce qui concerne d’autres sujets, comme la drogue, le sexe ou les amis, il faut savoir que plus nous restons fermés comme parents, plus nos jeunes nous cacheront des informations précieuses. Si nous représentons une écoute et un soutien sans jugement pour nos ados, ceux-ci auront davantage tendance à se confi er. Bref, être un parent ouvert et cool comporte de nombreux avantages. Néanmoins, il est primordial de conserver un cadre de discipline stable, cohérent et adapté au développement psychologique et moral de l’enfant.»

Quant à Marie-Paule Lévesque, elle termine en disant: «Je sais fondamentalement que mes ados, comme tous les autres jeunes de leur âge, ont besoin d’être encadrés et guidés dans leur prise de décision. Ma fille est mineure, alors je ne l’encourage pas à aller dans les bars et à consommer de l’alcool. Mais quand elle aura 20 ans et moi 50, si elle m’invite à sortir avec elle, ça me fera sans doute plaisir d’être cool et de l’accompagner.»

En bref, pour être un parent à la fois cool et responsable, il faut:

-    redéfinir les règles au fur et à mesure que l’enfant vieillit.
-    négocier et avouer qu’on ne sait pas tout.
-    être à l’écoute et tenter de rester calme et patient.
-    donner l’exemple.
-    être le parent et pas l’ami du jeune.
-    utiliser l’humour pour dédramatiser certaines situations.
-    s’informer et transmettre l’information pour aider l’enfant à se protéger.
-    trouver le juste milieu entre banalisation et sévérité.
-    demander l’intervention de tiers et se faire aider en cas de besoin.