Élever seule son enfant: tout un défi!

Si élever des enfants en couple n’est pas facile, les élever seule tient carrément de l’exploit. Que ce soit par choix ou par obligation, il est possible de relever ce défi sans y laisser sa peau.

(Getty Images)Linda Blot, psychothérapeute à la Maison Alonzo-Wright, en Outaouais, connaît la chanson: elle élève seule ses enfants depuis quatre ans. Le père s’est évanoui dans la nature, lui laissant leurs quatre rejetons, aujourd’hui âgés de 11 à 19 ans, sur les bras. Le jour, elle travaille comme intervenante auprès d’une clientèle constituée en grande partie de mères de famille monoparentale. Le soir, elle tente de mettre en pratique les conseils qu’elle prodigue.

Les pièges à éviter

«Beaucoup de mères de famille monoparentale souffrent de fatigue extrême, affirme-t-elle. Ces femmes donnent souvent énormément d’elles-mêmes. Dans bien des cas, elles n’ont personne sur qui compter. Leur santé se fragilise, et elles peuvent tomber malades à tout moment.» Cela est aussi vrai sur le plan psychologique; lorsqu’une femme en fait trop, se nourrit mal et s’isole faute de temps, d’argent et d’énergie, sa santé mentale est mise à rude épreuve. «Or, rappelle Mme Blot, lorsqu’une mère ne se sent pas bien, ses enfants en souffrent. Pour éviter de tomber dans le piège de l’épuisement et du découragement, une femme qui se retrouve seule avec ses enfants doit apprendre à connaître ses limites, et à demander de l’aide, au besoin. Si elle se replie trop sur elle-même, elle risque de priver ses petits d’une partie de leur enfance en leur demandant de partager des responsabilités qui ne sont pas de leur âge. Certaines femmes n’ont pas le choix. Faute d’argent, elles vont demander à leur enfant d’à peine six ans de rentrer seul à la maison après l’école.» Cet inconvénient se transforme toutefois en avantage lorsque les enfants sont plus vieux, puisqu’une mère de famille monoparentale peut difficilement surprotéger ses enfants. Ceux-ci doivent développer leur autonomie, de même que leur sens de la débrouillardise et de l’entraide afin d’aider leur mère à accomplir les tâches quotidiennes.


Plusieurs spécialistes évoquent aussi le risque pour les mères seules de développer une relation fusionnelle avec leur enfant; elles peuvent être tentées de lui donner le rôle de compagnon de substitution plutôt que de se construire une vie à elles en dehors du nid familial.



 « C’est facile pour un parent seul de tomber dans le piège de l’épuisement. Mais je ne peux pas me plaindre, car je peux compter sur le papa, la famille et une gardienne  extraordinaire. Le plus difficile est de composer avec la culpabilité. On a toujours l’impression de ne pas en faire suffisamment... Et pourtant! »



Trouver de l’aide

 «La séparation d’avec un conjoint ou le décès de celui-ci laisse des blessures qu’il faut soigner», souligne Mme Blot. Certaines femmes bien entourées arrivent à s’en sortir seules. Pour d’autres, c’est beaucoup moins évident. L’aide psychologique ne doit donc pas être perçue comme un luxe ou un constat de faiblesse, mais plutôt comme un outil pour aider à tirer le meilleur parti de la situation.


En dehors de la thérapie, s’entourer d’amis, de membres de sa famille en qui l’on a confiance ou de mères qui vivent la même situation permet de briser l’isolement et de faciliter l’entraide. Il peut arriver qu’on ne trouve personne autour de soi; on doit alors se rappeler qu’il existe, dans toutes les régions, des organismes qui tentent de répondre aux besoins particuliers des familles monoparentales.

L’importance de la figure masculine


Tôt ou tard, un enfant élevé seul par sa mère aura besoin d’une figure masculine à laquelle s’identifier. Lorsque les liens avec le père biologique sont complètement rompus, un oncle, un ami proche ou un professeur peuvent très bien jouer ce rôle, dans la mesure où ils sont dignes de confiance.
Dans bien des cas, les mères célibataires tenteront de refaire leur vie avec un nouveau partenaire, ce qui est tout à fait normal et souhaitable. «Le seul danger, rappelle la psychothérapeute, c’est de vouloir imposer trop rapidement un nouvel amoureux à sa progéniture. L’enfant a déjà vécu une première séparation. Lui faire vivre des deuils à répétition risque de l’insécuriser énormément.»

Les avantages d’élever un enfant seule


|_ On apprend rapidement à imposer ses limites.
|_ L’enfant devient autonome et débrouillard à un jeune âge.
|_ L’enfant reçoit des consignes d’une seule personne, ce qui facilite la discipline.

|_ L’enfant développe son sens de l’entraide.


Pour que tout se passe bien...
|_ Toujours parler en bien du père devant notre enfant.
|_ Favoriser et faciliter les visites du père.
|_ Respecter le «statut d’enfant» de nos petits; on ne se confie pas à eux comme à un ami.
|_ Favoriser les échanges entre notre enfant et un autre adulte; cela contribuera à mettre fin à notre relation fusionnelle.
|_ Ne pas faire jouer à notre petit le rôle du parent manquant.
|_ Apprendre à dire non, à imposer ses limites.
|_ Bâtir un réseau d’entraide.
|_ Dédramatiser la situation avec un peu d’humour.

Où trouver de l’aide
:
Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées

La Fondation de la Visite offre des services de «mères visiteuses» bénévoles à domicile