Le
Québec possède encore aujourd’hui un des plus hauts taux de suicide
chez les jeunes. Même si le nombre de suicides a diminué de moitié entre
1999 et 2004, passant de 106 à 54, le suicide constitue toujours la
première cause de mortalité chez les 15 à 29 ans, selon le rapport du
coroner du Québec de 2004. Or, il existe un lien entre la dépression et
le suicide. La dépression touche 1 enfant sur 100, et de 5 à 10 % des
adolescents. On sait maintenant que les symptômes de dépression chez les
jeunes sont différents de ceux qu’on dénote chez les adultes et qu’ils
sont souvent confondus avec ce qu’on appelle la «crise d’adolescence».
Chez
les jeunes, la notion de mort diffère de celle qu’ont habituellement
les adultes. Il devient donc assez difficile d’évaluer l’intention de
mourir chez un enfant. D’ailleurs, on peut se demander s’il est
nécessaire d’avoir une idée précise de ce qu’est la mort pour désirer se
suicider. En effet, la notion de mort s’acquiert de façon progressive
chez l’enfant; avant l’âge de cinq ans, le petit perçoit la mort comme
une absence temporaire, réversible. C’est seulement vers huit ans que
l’enfant la reconnaît comme étant un phénomène irréversible qui touchera
un jour ou l’autre tout être vivant. En outre, les adultes ont
généralement du mal à admettre qu’il puisse exister un désir suicidaire
chez l’enfant, ce qui rend son «repérage» difficile. Pourtant, bon
nombre d’accidents ou de comportements de mise en danger de la part du
jeune peuvent comporter une dimension suicidaire.
CHEZ L’ENFANT, ON A DÉNOTÉ LES FACTEURS DE RISQUE SUIVANTS:
_ Un dysfonctionnement familial, c’est-à-dire une perturbation des interactions entre l’enfant et ses parents ou de la dynamique familiale (discorde parentale, situation de séparation conflictuelle, etc.), ainsi que toutes les formes de violence.
_ Des antécédents de suicide ou un trouble de santé mentale dans la famille, comme la dépression.
_ Une faible estime de soi chez l’enfant, pouvant se manifester par une dépression ou un trouble de la personnalité.
Et chez l’adolescent?
On sait que les suicides sont plus fréquents chez les garçons, mais il importe de savoir que les tentatives de suicide sont plus nombreuses chez les filles. Et le taux de récidive est important: de 30 à 50 % dans l’année qui suit la première tentative. Qui plus est, la gravité du geste posé augmente à chaque nouvelle tentative. Ainsi, le nombre de suicides dits «réussis» est beaucoup plus petit que le nombre de «passages à l’acte suicidaire». Ce constat n’est pourtant pas rassurant, car une tentative de suicide révèle toujours une souffrance psychique qu’on ne parvient pas à exprimer autrement.
Les idées suicidaires sont très fréquentes à l’adolescence. Il faut donc être à l’écoute du jeune qui exprime ce type d’idées et ne pas en banaliser l’expression. En effet, rien ne permet de savoir si le geste suicidaire sera posé ou non. Et, comme le constatent souvent les parents ainsi que les professionnels qui travaillent auprès des jeunes, l’adolescent agit souvent de façon impulsive ou défensive. Ainsi, les principaux facteurs de risque de passer à l’acte sont une tentative de suicide antérieure, une fugue, le décrochage scolaire, la consommation de substances illicites, la maltraitance ou les abus sexuels, une histoire de suicide dans la famille ou dans l’entourage, des troubles psychologiques, un mauvais état de santé, la précarité de la situation familiale et de l’insertion sociale ainsi qu’une prédisposition génétique.
Des symptômes qui ne mentent pas
Le jeune suicidaire ressent un profond désespoir et une souffrance psychique intense qui peuvent s’exprimer sous la forme d’une opposition brutale et systématique à sa famille et à l’autorité, d’un repli total sur soi, de cynisme, d’une fugue, d’un goût pour le morbide, de la recherche et de la possession d’armes ou d’objets dangereux ainsi que de conduites mettant sa vie ou celle des autres en danger. Parmi les symptômes dépressifs les plus fréquents, on note un état de tristesse, un désintérêt généralisé, une inhibition intellectuelle, de la fatigue, une tendance à l’isolement et au repli sur soi, des pensées noires ou négatives, une baisse de l’estime de soi et des troubles du sommeil ou de l’appétit. Aussi, il arrive souvent que l’enfant ou l’adolescent manifeste des troubles anxieux (refus ou peur de l’école, crainte d’affronter certaines épreuves) et des troubles du comportement (agressivité, consommation d’alcool, de drogue ou de tabac). Finalement, notons qu’une véritable dépression se caractérise par une modification brutale et durable du comportement du jeune.
Quoi faire pour aider?
Plus les proches sont disposés à entendre la souffrance du jeune et à demander l’aide d’un professionnel, plus il a de chances de s’en sortir. Il est donc important…
… d’être à l’écoute du jeune. L’état dépressif est une manière de réclamer de l’attention, et la tentative de suicide, un appel au secours.
… d’établir ou de rétablir une relation de confiance et un dialogue avec le jeune, sans porter de jugement, afin de lui faire mettre des mots sur sa souffrance.
… de chercher une aide extérieure compétente. LigneParents est un service téléphonique destiné aux parents qui est gratuit, confidentiel, bilingue et accessible jour et nuit, en tout temps. 1 800 361-5085 et www.parent-line.com.
… de consulter un médecin, qui évaluera la gravité de la situation et proposera un suivi, une psychothérapie et, si nécessaire, une médication (antidépresseurs, anxiolytiques, etc.)


