J'ai toujours mal dormi en couple. Le cas typique étant: la fille et moi sommes au lit, amoureusement enlacés. Une belle image touchante où elle finit par s'endormir tendrement. Et là, tel un gentleman (avec 2-3 membres engourdis), je peux enfin me libérer délicatement pour me retourner et avoir une chance de m'endormir pour vrai.
Malgré cela, jamais il ne me serait venu à l'idée de dormir dans une chambre séparée.
J'ai appris récemment que mes parents avaient opté pour cette option. Comme tout le monde qui choisit ce mode de couchette, ils ne s'en sont pas vantés. Il faut dire qu'après 37 ans de mariage, ils sont assez grands pour savoir ce qu'ils font. Il reste que quand je l'ai su, je me rappelle avoir eu l'impression que quelque chose s'était brisé. Comme s'ils s'aimaient moins qu'avant ou que c'était la fin de quelque chose.
Pas vraiment. Dans les faits, c'est beaucoup plus technique que ça. Ma mère a le sommeil léger et mon père fait trembler les murs tellement il ronfle. Je le sais, j'avais de la misère à dormir et je couchais trois chambres plus loin. Ça ne doit pas s'être amélioré avec le temps.
Mais bon, qu'un couple autour de la soixantaine se ramasse à faire chambre à part, ça n'a rien de si fracassant. Ce qui m'a vraiment étonné, c'est de voir à quel point c'est répandu chez des gens avec la moitié de leur âge, des gens de MON âge.
Les ronfleurs sont souvent les champions de la chambre à part, mais il y a plein d'autres raisons reliées au sommeil. Ça va de «quand il fait des cauchemars, il me donne des coups de pieds en criant» à «elle va faire pipi aux demi-heures.» Il y a aussi tous ces lève-tôt qui sont accouplés à des couche-tard. Un qui veut se taper de la télé jusqu'à 2 h du matin, l'autre qui veut aller faire son jogging au lever du jour.
Et ça ne se résume pas qu'au sommeil. Il y aussi l'environnement. Le besoin d'avoir son espace à soi. Un qui vit bien dans un chaos un peu bordélique, l'autre qui a besoin d'un rangement quasi militaire. Toutes des grosses sources de conflits interminables qui disparaissent, mais y perd-on aussi sa vie sexuelle?
Parce que faire chambre à part, ce n'est pas ce qui donne meilleure réputation à votre libido. Pourtant, personne ne m'a dit que ça avait eu un effet négatif sur la chose. Personne! Soit ça n'a rien changé, soit c'est mieux. On se tape moins sur les nerfs donc on se chicane moins donc la qualité des rapports augmente et... ça se termine bien.
En fait, le fait d'être séparé semble rendre ces réunions plus spéciales. Ça devient des microévènements. Parce qu'il ne faut pas l'oublier: rien n'empêche d'aller se rejoindre en douce lorsqu'on le désire. Si quelqu'un a une idée derrière la tête, il peut très bien «passer à l'ouest» afin d'aller libérer certaines tensions ou combler un fix d'affection.
Plus j'entendais les témoignages, moins je conservais mon préjugé un peu vieux jeu qu'on y perdait une grande partie d'intimité.
Évidemment, il y aura toujours ces couples complètement fusionnels qui culpabiliseront tous les autres pour avoir ce besoin d'air afin de ne pas étouffer. Mais bon, tant qu'une personne qui a besoin de dormir collée ne se ramasse pas avec quelqu'un qui a besoin d'espace, où est le mal? L'amour se fait tellement rare, on ne va pas s'arrêter au nombre de chambres à coucher.
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Faire chambre à part, une tendance?
Par Eric Chandonnet | Éric Chandonnet – mar. 26 juil. 2011 11:51 HAESuivez Yahoo! Être sur Twitter
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