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ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    Fâché noir contre ton quartier

    La chronique de Stéphane Dompierre

    Vous l'aurez lu ici en exclusivité, bande de chanceux: le Plateau-Mont-Royal, c'est «out» . Les artistes n'ont plus les moyens d'y vivre, alors ce n'est plus branché du tout. Les seules personnes encore capables de s'offrir un quadruplex tout croche bâti sur de l'argile sont les Boomers, qui reviennent en ville après avoir vendu leurs maisons de banlieue à des «hipsters» vieillissants qui délaissent les bars pour fonder des familles. Mais mais mais, me direz-vous d'une voix tremblante et paniquée, si le Plateau n'est plus l'endroit où il faut vivre, où doit-on aller?

    Le nouveau quartier branché, c'est celui que vous habitez. L'important, c'est de savoir comment en parler. Pour Hochelaga Maisonneuve, il aura suffi d'utiliser l'acronyme Homa pour laisser croire que l'endroit aurait acquis une soudaine notoriété. On s'y laisserait prendre.
    Les meilleurs à ce jeu sont les anciens résidants du Plateau. Une fois déménagés ailleurs, ils parlent de leur nouveau quartier avec une passion qui frôle l'obsession. Dites-leur que vous cherchez un petit 4 1/2 pas trop cher, et c'est parti. La prochaine demi-heure sera consacrée à tenter de vous convaincre de vous installer près de chez eux. Ils s'extasient, ravis d'avoir trouvé un marché, une SAQ ou une boulangerie à quelques minutes à pieds de leur appartement. «Il y a même un café équitable à trois rues de chez moi! Tu te rends compte? Et ils ont le Wifi!» Il faut pardonner leur enthousiasme délirant. Jusqu'à tout récemment, ils croyaient que la terre était plate et qu'on tombait dans le vide intersidéral une fois passé le cinéma Ex-Centris.

    Vous rêvez vous aussi de vanter les charmes de votre quartier? Apprenez par cœur ces phrases suivantes, qui s'appliquent à peu près à n'importe quel endroit, de Valleyfield jusqu'à Nathasquan. À vous de les placer dans une conversation à la moindre occasion.

    «C'est ici qu'a été construite la première église/école/taverne/ de la ville.»
    «On sent très bien l'héritage ouvrier canadien-français du quartier.»
    «Il paraît qu'au début du siècle, ce dépanneur était un bordel.»
    «Ça s'embourgeoise, ils vont bientôt ouvrir un café Starbucks.»
    «Ça s'embourgeoise, on a maintenant un mendiant devant le Starbucks.»
    «Ça s'embourgeoise, on a maintenant un tas de jeunes barbus avec de grosses lunettes dans le Starbucks.»

    Insistez sur les faits historiques. S'il le faut, mentez; les gens se donnent rarement la peine de vérifier la justesse des informations. Si vous êtes à court d'arguments et qu'on ridiculise votre quartier, prenez l'agresseur de court en ajoutant «vieux» devant le nom. «Oh, mais attends, là. J'habite pas vraiment Longueuil, moi, là, j'habite le vieux Longueuil. Ça n'a rien à voir.» Le vieux Sainte-Rose, le vieux Rosemont, le vieux n'importe quoi, allez-y sans modération. Tournez les défauts en avantage. Il y a des piqueries? Dites que le quartier est sensible à la population moins favorisée. Il n'y a aucune ambiance? Dites que cette tranquillité est la bienvenue après une rude journée de travail. Tous les moyens sont bons.
    Personnellement, j'habite à Pointe-Saint-Charles, un endroit qui est parmi ce que l'humanité a de mieux à offrir. Si vous n'y habitez pas, tant pis pour vous. Et, pour parler franchement, je trouve que votre quartier pue, que votre rue est moche et que vous êtes trop loin du métro.

     

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