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ACTIVITÉ DE VOS AMIS

    Fâché noir contre les livres de recettes

    La chronique de Stéphane Dompierre

    Avez-vous vu Jessica Barker sur la couverture de son livre de recettes «Deux folles et un fouet»? Vous savez, celui où elle brasse de l'air en compagnie de Rafaële Germain et d'un tas de saucisses crues? Elle est HEUREUSE. Extatique, même. Il n'y a rien dans son chaudron et elle jubile. Imaginez si en plus elle nous fricotait quelque chose. La preuve est faite par mille: cuisiner, ça rend gai. Les livres de recettes dégoulinent de bonheur. C'est la nouvelle tendance.

    Inclure les recettes et les photos du résultat ne suffit plus. Les éditeurs bourrent maintenant ces livres de photos du chef, tout heureux d'être là, qui batifole dans la forêt laurentienne en sifflotant ou qui entre dans son chalet avec des bûches pour le foyer. Et on nous débarque aussi ses enfants rieurs et coquins, petit tour de calèche dans les bois, tire sur la neige, hop, on s'en colle plein les mitaines et on sourit à s'en faire saigner les gencives. Entrain, gaieté, joie de vivre. La vie est un cupcake saupoudré de petits bonbons de toutes les couleurs.

    Non.

    Moi, cuisiner, ça ne me rend pas heureux. Rien qu'à m'approcher d'une cuisine et, déjà, je ressens un malaise. C'est que je suis un analphabète culinaire. Donnez-moi un roman de 600 pages, je le termine en trois jours. Donnez-moi la recette de pâtes carbonara de Ricardo et, si elle a plus que trois ingrédients et deux opérations, je vais trouver ça trop long. Fouetter, brasser, touiller; pour moi, c'est tout pareil. Ça ne va pas se mélanger si c'est censé le faire, ça va mousser si c'est censé réduire, ça va caraméliser si c'est censé bouillir. Les seules instructions que je comprends, c'est «enlevez la pellicule plastique et réchauffez au micro-ondes». Je suis un analphabète culinaire. Peu importe si mon choix de vin accompagne bien le repas: l'important, c'est qu'il soit en quantité suffisante pour me faire oublier ce que je viens d'avaler.

    Les livres de recettes, ça met une pression énorme. Ceux qui traînent dans ma cuisine, j'ai mis leurs couvertures face au mur. Non mais. Si en plus Josée di Stasio ou Stefano Faita me regardent dans le blanc des yeux, je ne pourrai jamais réussir la moindre omelette. J'ai l'angoisse de la performance devant tous ces gens qui me sourient en me donnant l'impression que ce qu'ils font est simple, facile et à la portée de tous.

    Et il y a pire. S'il m'arrive de maîtriser un plat, le pâté chinois, disons, pour nommer le seul exemple qui me vient à l'esprit même en y réfléchissant des heures, mon enthousiasme est de courte durée. Je tombe sur un article comme «Paté chinois presque normal» de Martine Gingras, qui s'amuse à tout compliquer en y ajoutant des carottes pourpres, des herbes salées, du paprika fumé, des racines de topinambours et que sais-je encore. Je le trouvais correct, moi, mon pâté chinois, avant de tomber là-dessus. Depuis, il m'apparaît aussi appétissant que mon tapis d'entrée.

    Le problème avec les livres de recettes, et même avec les livres en général, c'est qu'ils ont beau contribuer à nous sortir de notre ignorance, ils nous rappellent aussi qu'on n'a jamais fini d'apprendre. Surtout moi.

     

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