Ce qu’on fait tout naturellement à la naissance de nos petits, elle l’a fait à leur mort.
J’ai pleuré en écoutant Isabelle Gaston. Je ne suis pas la seule : tout le Québec a pleuré, comme l’a écrit ma collègue blogueuse Josée Blanchette. Courageuse, franche, authentique, articulée et réfléchie, la mère en deuil a surmonté sa tristesse pour livrer un témoignage vibrant devant des millions de téléspectateurs. Elle a avoué avoir pensé au suicide (et y songer encore), pratiquer son métier parce que ça lui fait du bien de « faire du bien » (elle est urgentologue), espérer à nouveau avoir un enfant dans sa vie et croire que la réhabilitation est possible – même pour son ex-conjoint. En juillet dernier, Guy Turcotte a été reconnu non criminellement responsable du meurtre d’Olivier, 5 ans et d’Anne-Sophie, 3 ans. Il est présentement détenu à l’Institut psychiatrique Philippe-Pinel. Pour combien de temps encore ? Ça, on l’ignore. Les experts qui siègent à la Commission d’examen des troubles mentaux examinent actuellement sa demande de libération. Leur décision sera rendue par écrit ces prochaines semaines.
Sur le plateau de télé, Isabelle Gaston a expliqué clairement pourquoi Guy Turcotte doit rester enfermé. Elle a aussi souligné à quel point les parents et proches d’enfants disparus ou tués étaient laissés à eux-mêmes. N’étant pas reconnu comme des « victimes » mais bien comme des « proches de victimes », les parents ne peuvent pas espérer beaucoup de l’État, soit 5000$ en compensations (3000$ pour les frais funéraires et 2000$ pour les pertes salariales). Dix séances en psychothérapies sont aussi remboursées – aucune de plus.
Mme Gaston a déposé une pétition à l’Assemblée nationale pour faire bouger les choses. Depuis son passage à l’émission dimanche soir, le nombre de signataires n’arrête pas de grimper : samedi, 200 personnes avaient signé la pétition; au moment d’écrire ces lignes, elles étaient 5 500. Comme quoi la population du Québec, bouleversée depuis l’annonce de la sentence de Guy Turcotte, n’est pas restée insensible au cri du cœur d’une mère inconsolable.


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