«Je
ne veux pas changer d’école. Je l’aime, mon école anglaise, moi!»
Fiston n’en démord pas. Il veut continuer à fréquenter l’école Honoré
Mercier l’an prochain. Actuellement, il est à la pré-maternelle, une
pré-maternelle privée, bilingue, ouverte à tous (et payante). L’an
prochain, il ira à la maternelle. Mais pas à Honoré Mercier. Car cette
jolie école du quartier Saint-Léonard appartient à la English Montreal
School Board (EMSB), autrement dit, à la Commission scolaire anglaise de
Montréal. Et Fiston ne peut y aller puisque sa langue maternelle, c’est
le français. L’Homme et moi sommes allés à l’école primaire en
français, tout comme nos parents et nos grands-parents.
C’est la loi. Je n’ai pas le droit d’envoyer mon enfant à l’école primaire anglaise.
Je
vous entends hurler: oui, c’est vrai, la loi 101, mise en place il y a
35 ans, sert de chien de garde à la protection de la langue française et
de la culture. C’est tout à fait légitime. Avec son important taux
d’immigration, le Québec doit prévenir, poser des limites. Selon les
derniers chiffres publiés par Statistiques Canada (2006), 79% de la
population est de langue maternelle française au Québec, 7,7% de langue
anglaise et 11,4% font partie de la population allophone.
Mais
là où le bât blesse, c’est que près de la moitié des écoles primaires
anglaises sont, en fait, bilingues. En observant la liste des écoles
publiées par la EMSB, je constate que sur 38 écoles primaires, 18
offrent un programme bilingue. Honoré Mercier fait partie de ces écoles.
Son enseignement est donné en anglais ET en français. «On alterne: un
jour en français, un jour en anglais et le vendredi, c’est notre journée
moitié-moitié», m’explique l’adjointe à la directrice de l’école.
Ce
que je comprends mal, donc, c’est que mon enfant, élevé en français, de
parents francophones, de grands-parents et d’arrière-grands-parents
francophones, ne puisse pas se pourvoir d’un enseignement bilingue.
Comme si, à trop vouloir protéger le français, on nuisait à nos enfants:
ce sont eux qui vont se retrouver au pire, unilingues français, ou au
mieux, bilingues… un peu plus tard. Mais ils n’apprendront pas, de façon
systématique, l’anglais comme deuxième langue seconde alors qu’ils sont
petits. Leurs copains anglophones, eux, oui. Ils auront le français
sous le nez, semaine après semaine, dans leurs travaux, dans la cour,
dans les corridors…
Bien sûr, dans les écoles francophones,
certaines plages horaires sont réservées à l’enseignement de l’anglais.
Soit. Mais on ne parle pas d’immersion. Cette dimension reste à la
discrétion de l’établissement – et selon ce que je constate en visitant
des écoles ces jours-ci, ça varie énormément.
Attention, je ne
dis pas que l’obligation d’aller à l’école en français au primaire soit
mauvaise. Je me pose seulement des questions sur son impact – son impact
sur les connaissances, sur l’ouverture, bref, sur l’éducation de nos
enfants. Et forcément, sur leur avenir.
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