Il en rit aujourd’hui mais quand ses enfants étaient plus jeunes, la situation n’a pas toujours été facile. « On ne peut jamais être complètement prêts à l’arrivée de jumeaux, dit-il. Moi, mon choc, je l’ai eu quand j’avais un bébé dans chaque bras à l’hôpital. Là, j’ai pensé : ok, ça va être quelque chose… » Renée et Daniel ont sauté de joie quand ils ont su qu’ils attendaient des jumeaux. Quelques mois après la naissance prématurée de Maxence et Allyson, ils n’avaient pas l’énergie de sauter… du tout. « Les deux étaient en santé, c’était le plus important, souligne Renée, mais la fatigue et surtout, l’accumulation de fatigue, a été brutale. » Elle avoue candidement s’en être « remise » trois ans après l’arrivée des jumeaux. Daniel renchérit : « Le gros défi, c’est l’usure. Tu es tout le temps en demande, tu n’a pas de répit ».
Patricia et Daniel G. ont vécu la même chose avec Nathan et Mathis, qui auront bientôt deux ans. « Le plus dur, au début, c’est l’isolement, dit Daniel G. On était toujours seuls avec les bébés, à la maison. On ne sortait pas beaucoup ». Briser la solitude est la première raison qui motive les parents à contacter l’Association des parents de jumeaux et triplés de Montréal (APJTM). « Ils veulent rencontrer d’autres parents et échanger », dit Sandra Laviolette, responsable des services aux membres. Le regroupement existe depuis cinquante ans et compte, bon an mal an, 500 membres. La plupart contacte l’association dès qu’ils apprennent la nouvelle. « Ils ont des préoccupations financières et se demandent comment faire pour gérer leur temps et… leur sommeil ».
Planification. Organisation. Les trois couples de parents interrogés ont pris des ententes avec leurs familles pour être épaulés les premiers mois. « Les cinq premiers mois, je pense que je n’ai pas été seule avec les deux », relate Patricia, une infirmière en… périnatalité. Renée a reçu de l’aide du CLSC. « Une dame venait une demi-journée par semaine pendant les six premiers mois », dit-elle. Aux Relevailles, un organisme qui soutient les nouveaux parents, on reçoit des demandes de parents de jumeaux. « Ils communiquent avec nous plus rapidement pour connaître nos services et pour qu’on les aide à se préparer », souligne Cynthia Jolicoeur, coordonnatrice des services et intervenante périnatale.
La clé, pour s’en sortir ? « Mettre les enfants sur le même horaire, le plus rapidement possible » dit Patricia. « On fait tout ensemble, on est tous les deux très impliqués », ajoute Daniel G qui parle de l’importance de former une « équipe ». François a pris congé du boulot près de huit mois, séparés en deux périodes, pendant la première année de vie des jumeaux; sa conjointe a pris son congé de maternité d’un an. Renée et Daniel se sont attribués des « quarts de travail » pour passer à travers les nuits. « J’allaitais à minuit et comme j’avais tiré du lait dans la journée, il donnait le biberon aux deux dans la nuit, explique Renée. Comme ça, j’avais au moins un cinq ou six heures de sommeil continu. »
Après « deux ans de misère », comme l’affirme Daniel en rigolant, les difficultés s’estompent. Les enfants vieillissent, deviennent plus autonomes et développent une relation unique, selon les parents. « La dynamique entre eux est incroyable, c’est beau à voir et c’est extrêmement gratifiant », dit Daniel. Patricia et Daniel G. sont témoins de moments de complicité entre leurs fils. « Ils se sourient à table et s’échangent leurs assiettes pour finir ce que l’autre n’a pas mangé », racontent-ils, visiblement fiers. François confirme qu’il se passe quelque chose de spécial entre les jumeaux. « Ils jouent ensemble, ils se font des jeux de rôle, confie-t-il. Il ne faut pas s’attarder à la lourdeur du quotidien des débuts… Le bonheur qu’on ressent en ce moment est incroyable, tout est en double ! »
De là à avoir d’autres enfants ? Ils hésitent tous quand je pose la question… Mais pour deux de ces couples, la décision est prise : la famille est « complète ». Il faut dire que dans les trois cas, les couples n’ont pas d’autres enfants – c’est donc dire que les jumeaux sont arrivés en premiers. Et autre caractéristique qui réunit ces couples : ils ont eu des jumeaux de façon « naturelle ». Pas de clinique de fertilité, juste… du hasard (et un peu d’hérédité). Au Québec, les grossesses gémellaires ont beaucoup augmenté ces dernières années : selon l’Institut de la statistique du Québec, en 1990, elles représentaient 2,1% de toutes les grossesses; en 2000, c’était 2,5%. Ce chiffre est passé à 3,1% en 2010. La gratuité des services en clinique de fertilité, instaurée en août 2010, va probablement faire grimper les statistiques ces prochaines années.
Au-delà des préoccupations liées à l’augmentation du nombre de fécondation in vitro, à l’éthique entourant l’implantation et la congélation des embryons, à la gestion de la croissance de la clientèle et surtout, aux soins à apporter aux prématurés, dont la vie et la qualité de vie sont parfois en danger, saura-t-on accompagner les parents de jumeaux adéquatement ?
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