La porte était fermée. La voiture garée à l’avant m’indiquait qu’ils étaient bien là mais nous ne les voyions jamais. Ou presque. Même à la belle saison, nous les croisions rarement. Mes voisins, d’origine marocaine, vivaient dans la maison voisine de la nôtre et pourtant, nous ignorions tout d’eux. Jusqu’au jour où mon fils Sacha aperçoive le petit garçon de la maisonnée…
Alors, tout a changé. Fiston, archi social, a approché Jamel, du même âge que lui. Il a vite réclamé sa présence. Il voulait que son nouvel ami sorte dehors, dans la cour arrière, pour jouer. Presque tous les soirs, en rentrant à la maison, c’était la même histoire : Sacha voulait voir son voisin. Je cédais, parfois, souvent. Je l’accompagnais alors sous le porche, cognait à la porte, échangeait quelques politesses avec la maman. Cette femme douce et gentille gardait ses distances. Pendant que nos garçons gambadaient, se baignaient, jouaient dans le sable et se chamaillaient, nous en étions aux sourires discrets et aux échanges sur le beau temps.
Puis, j’ai vu son ventre s’arrondir. Drôle de hasard : j’étais moi aussi enceinte. Nous avons vécu nos grossesses en parallèle. Sacha et Jamel sont devenus des camarades de jeux inséparables. Ils ne fréquentaient pas la même garderie mais étaient tout heureux de se retrouver, en fin de journée et le week-end. La maman et moi aussi. Le temps passait. Peu à peu, nous nous apprivoisions. Elle était médecin, pédiatre. Tout naturellement, elle m’a offert de faire le suivi médical de mon bébé qui venait de naître. Que ce soit au parc, à la maison ou dans son cabinet, ma voisine était d’une générosité et d’une amabilité exemplaires.
Au fil des mois, elle m’a laissé entrevoir son univers, puis m’y a prudemment invitée. Je fus conviée, avec les enfants, à plusieurs Aïd al-Fitr, la fête qui marque la fin du Ramadan. Toute sa famille était réunie, festive, accueillante, charmante. Nous ne manquions jamais d’attention. Sacha était traité en roi. Après tout, il était le protagoniste de cette rencontre, improbable, de deux mondes différents… et si semblables à la fois.
Ma voisine et moi, nous sommes devenues amies. En septembre dernier, elle a déménagé. Elle qui n’avait jamais vécu au Maroc avait envie de retourner à ses racines, d’aller relever de nouveaux défis professionnels et de voir ses deux garçons grandir dans une culture qui coulait dans ses veines, qui lui manquait… Sacha a eu le cœur brisé. La veille du départ nous avons tous pleuré, en se promettant de se revoir bientôt.
Avec l’été qui débarque dans la cour, les fleurs, les feuilles et l’odeur de l’herbe, je pense à ma voisine. Je jette un coup d’œil à la maison, vide, et à la barrière de la clôture, toujours fermée désormais. C’était la meilleure voisine du monde.
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