Le
temps d’habiller les enfants, de leur mettre les patins, de leur
enfoncer les mitaines («allez, mets ton pouce ici! Non, juste le pouce!
Ici!»), d’enfiler nos patins (trop petits et trop étroits, c’est à se
demander s’ils ont rapetissés depuis l’an dernier), nous étions épuisés.
Enfin, moi, j’étais à bout. Et je n’avais pas encore mis le pied sur la
patinoire. «Est-ce qu’on laisse faire?» ai-je demandé timidement à
l’Homme. La tâche me semblait trop grande.
Autour de nous, le
chaos. Dans le chalet bondé, des dizaines de parents répètent
inlassablement les mêmes choses que nous à leurs marmots: «Tu vas voir,
c’est amusant! Mais oui, les patins sont confortables! Ce n’est pas si
pire que ça! Lève-toi! Fais attention! Mets ton pouce ici!» J’ai chaud.
J’ai mal aux pieds. J’ai oublié d’apporter des mouchoirs pour essuyer
les petits nez qui coulent. Sans parler de l’odeur – indescriptible –
qui flotte dans le vestiaire. «Est-ce qu’on s’en va?» ai-je murmuré à
l’Homme, gênée de joindre ma voix à celle des enfants qui rouspètent
déjà.
Nous nous lançons sur la glace. Dans mon cas, c’est
littéralement ça: je me suis lancée, suis tombée, ai ravalé mes gros
mots pour mieux sourire à mes enfants qui m’observaient: «Maman ne
s’est même pas fait mal! C’est normal de tomber!» Fiston m’a regardé,
sceptique.
Princesse a passé vingt minutes assise sur les fesses à
pleurer, en plein milieu de la patinoire. Mon aîné, agrippé à une
petite chaise, a chialé et pesté… jusqu’à ce qu’on le dépose dans le
chariot et qu’on le pousse. Trente minutes plus tard, frigorifiés, nous
étions de retour sur les bancs de bois, à l’intérieur, à délacer,
déshabiller et consoler. «Je peux avoir un chocolat chaud, maintenant?» a
lancé Fiston comme pour nous montrer qu’après le «calvaire» vécu, on ne
pouvait rien lui refuser.
Il me semble que le ratio
ouvrage/plaisir n’est jamais concluant quand on fait un sport d’hiver
avec un enfant: beaucoup de préparation et de motivation pour (trop) peu
de plaisir et de détente. Sur le chemin du retour, je bougonne: est-ce
que ça en valait la peine? Pourquoi ne pas aller jouer dehors, tout
simplement? Aller glisser, prendre une marche? Sommes-nous des parents
anormaux, voire ingrats?
J’interroge des amis et je suis
estomaquée: tournois ou pratiques de hockeys, cours de ringuette, de
patin, descentes de ski alpin... Leurs petits font du sport à -10 degrés
et ils aiment ça. Bon. Il s’agit sans doute de futurs athlètes
olympiques nés de parents ultra-vaillants, ou bioniques peut-être...
En
fait, il semble que dès l’âge de trois ans, on peut convaincre (ou
essayer de convaincre) notre enfant que marcher avec des lames ou
enfiler des bottes d’astronautes pour descendre une pente, c’est une
bonne idée. Ils apprendront la technique. Ils gagneront en confiance.
Ils adopteront le sport et ils aimeront l’hiver… Peut-être. «Je dis
souvent que la meilleure façon d’aimer l’hiver, autant pour les parents
que pour les enfants, c’est de pratiquer un sport», dit Simon Blouin,
directeur de l’école de ski de Bromont.
Soit! Inscrivons Fiston à
une activité hivernale… Hockey? Patins? Ski alpin? À 5 ans, ce n’est
pas le choix qui manque. Flanqué d’un prof, entouré de petits amis, mon
fils devra se débrouiller.
«L’énergie n’est pas la même quand
l’enfant essaie de skier avec un moniteur, explique M. Blouin. Certaines
barrières tombent. En plus, les cours sont basés sur l’amusement.»
Sébastien Pouliot, agent de développement d’affaires à l’Atrium Le 1000,
est du même avis. «Les premiers pas en patin ou en ski sont souvent
plus inquiétants pour les parents que pour les enfants», dit-il. Et si
l’enfant refuse d’avancer, pique une crise? «On recommande de réessayer
un an plus tard, dit-il. Souvent, l’enfant revient et il a découvert
qu’il aimait ça». Les deux spécialistes recommandent évidemment
d’initier l’enfant avant d’investir dans de l’équipement ou dans une
session de cours.
Après mûres réflexions, discussions et
tergiversations, l’Homme et moi avons décidé de renouer avec le ski
alpin. L’idée: passer plus de temps dehors en famille cet hiver. Reste à
voir si notre petite équipe suivra… Si non, on essaiera de garder le
sourire en sirotant un chocolat chaud.
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